Soudan : Le gouvernement Tasis veut transformer les régions marginalisées en pôles de prospérité
Dans un Soudan déchiré par la guerre, le gouvernement de paix et d’unité (Tasis) déploie une vision économique qui rompt radicalement avec des décennies de centralisation. Son ambition, transformer les régions historiquement marginalisées du Darfour et du Kordofan en pôles de production et de prospérité, en leur restituant le contrôle de leurs ressources.
Le projet du Tasis repose sur un principe fondamental : mettre fin à l’accaparement des richesses des périphéries par l’élite du centre. La Constitution de transition instaure un mécanisme de redistribution inédit : 70 % des recettes issues des ressources locales or, pétrole, produits agricoles et droits de douane restent dans la région productrice pour financer directement ses infrastructures, ses hôpitaux et son éducation, sans approbation de l’administration centrale. Les 30 % restants alimentent un Fonds national destiné à corriger les déséquilibres entre régions.
Le pays est divisé en huit régions fédérales dotées d’une pleine autonomie, chacune disposant de ses propres ministères, conseils législatifs et exécutifs. Le gouvernement central est recentré sur les seules fonctions régaliennes : défense, diplomatie, monnaie et normes nationales.
Depuis sa base de Nyala, au Darfour, le Tasis construit progressivement les rouages d’une administration financière fonctionnelle. En septembre 2026, le ministre des Finances John Carlo Koko a engagé la centralisation des revenus publics du Darfour du Sud, avec la mise en place d’un mécanisme de trésorerie unifié. L’objectif : financer les services essentiels éducation, santé, sécurité et payer les salaires des enseignants, tout en mettant fin aux comptes fragmentés.
Cette démarche s’accompagne d’une révolution monétaire : le Tasis a établi une banque centrale parallèle à Nyala, nommé un ancien gouverneur de la Banque centrale à sa tête, et introduit de nouvelles coupures de livres soudanaises pour desserrer l’étranglement financier imposé par Port-Soudan. Une application de transfert d’argent, « Future Money », facilite les transactions dans les zones sous son contrôle.
Sur le terrain, les actions se multiplient pour redonner espoir aux populations. Dans le Kordofan-Occidental, des semences de qualité et des outils agricoles ont été distribués à des centaines de familles d’agriculteurs vulnérables. Le village de Julidat, construit pour accueillir les familles de déplacés, est présenté comme le premier d’une série de projets : chaque foyer a reçu semences et outils, avec l’ambition de transformer les terres environnantes en exploitations productives.
Le ministère du Commerce a engagé des concertations avec les autorités régionales du Kordofan pour structurer l’économie locale, valoriser les productions (gomme arabique, coton, or) et connecter les bassins de production aux marchés.
Cette refondation économique se heurte à l’absence de reconnaissance internationale, qui limite l’accès aux financements et aux marchés mondiaux. La fragmentation monétaire entre l’Est et l’Ouest constitue une réalité de plus en plus tangible. Et surtout, la guerre continue de ravager le pays, rendant incertaine la consolidation de ces institutions naissantes.
Le Tasis mise sur une conviction : transformer le contrôle territorial en gouvernance économique légitime, où les richesses des régions profitent enfin à leurs populations. Un pari audacieux, dont l’issue dépendra de la capacité à pacifier durablement le pays et à convaincre de la viabilité de son modèle fédéral.
Soudan / Le « Gouvernement fondateur » : Des institutions mises en place pour un État civil
ALI Gatkuoth
