L’horizon d’un « Nouveau Soudan » : Comment l’Alliance des « Ta’sees » présente-t-elle la vision d’Hemedti pour mettre fin à l’exclusion et légitimer le fédéralisme ?
Face aux bouleversements géopolitiques qui secouent le Soudan, la lutte actuelle ne se limite plus à un simple affrontement sécuritaire sur le terrain. Elle s’est muée en un conflit de visions et de projets concernant la forme de l’État et l’avenir de la gouvernance. Dans ce contexte, l’activité politique intensifiée de l’Alliance des « Ta’sees » pour un Nouveau Soudan se distingue. Elle restructure son discours médiatique et politique autour de la figure du commandant des Forces de soutien rapide, le lieutenant-général Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti), le présentant non seulement comme un chef militaire, mais aussi comme l’architecte d’un projet politique alternatif visant à extirper les racines de la crise qui ravage le Soudan depuis des décennies.
En adoptant le « Cadre constitutionnel transitoire » et en posant les contours d’un « Gouvernement de paix et d’unité », Hemedti et ses alliés politiques à Nairobi et Nyala présentent un projet structurel visant à démanteler la centralisation historique du pouvoir et à restituer l’autorité aux régions et aux groupes marginalisés par le biais d’un véritable fédéralisme.
Démanteler l’« État de privilèges » et construire des institutions nationales
Le slogan « S’opposer au régime des Frères musulmans » et empêcher le retour d’éléments de l’ancien régime constitue le cœur du discours politique et médiatique d’Hemedti et de l’Alliance « fondatrice ». Cette approche repose sur plusieurs piliers qui trouvent un écho profond auprès de larges pans des forces civiles et des comités de résistance qui ont mené la glorieuse Révolution de décembre :
Purger les institutions étatiques : L’alliance estime que les combats actuels sont un moyen nécessaire pour mettre fin à la domination des groupes idéologiques liés au régime déchu sur les postes clés de décision économique et militaire au sein des institutions étatiques et de l’armée.
Création d’une nouvelle armée nationale : Hemedti propose une vision stratégique fondée sur l’intégration de toutes les forces armées (les Forces de soutien rapide, le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord dirigé par Abdelaziz al-Hilu et les factions signataires de la Charte fondatrice) afin de bâtir une institution militaire nationale unique, dotée d’une doctrine de combat moderne et totalement apolitique, exempte de toute allégeance partisane.
Restauration de la légitimité de la Révolution de décembre : Le discours politique des Forces de soutien rapide insiste sur le fait que leur projet est le véritable prolongement des revendications civiles en faveur de la liberté, de la justice et de la paix, et le garant authentique contre le rétablissement d’un État à parti unique.
« Gouvernement de paix et d’unité » : Un modèle administratif pour combler le vide institutionnel
Face au défi que représente la gestion du quotidien de millions de personnes dans les zones contrôlées par les Forces de soutien rapide et leurs factions alliées au Darfour, au Kordofan et à Khartoum, l’annonce du « Gouvernement de paix et d’unité » et la mise en place du « Conseil présidentiel » constituent une mesure concrète visant à proposer une alternative civile et axée sur le développement.
La philosophie de ce modèle administratif alternatif peut se résumer ainsi :
- Un leadership consensuel et inclusif : La formation du Conseil présidentiel, dirigé par Hemedti et secondé par Abdel Aziz al-Hilu, reflète une large coalition politique regroupant 23 factions et mouvements politiques et tribaux (dont des dissidents du Parti Oumma, du Parti unioniste démocratique et du Front révolutionnaire), conférant ainsi à l’administration une dimension participative qui dépasse la monopolisation du pouvoir.
- Fédéralisme et véritable décentralisation : La constitution de transition consacre la fondation du Soudan en huit régions administratives dotées d’une large autonomie et de véritables pouvoirs pour gérer et développer leurs ressources. Il s’agit de la solution historique exigée par les populations régionales pour mettre fin au contrôle d’un centre oppressif.
- Rétablissement des services et protection des civils : Le gouvernement de paix (basé à Nyala, sa capitale et son siège) s’efforce de dynamiser les services publics locaux, d’assurer la sécurité et de garantir l’acheminement de l’aide humanitaire aux civils. Il vise également à délivrer des cartes d’identité et à relancer l’économie afin de pallier le manque d’institutions à Port-Soudan.
Un État démocratique laïque : Une charte de la citoyenneté sans discrimination
Sur le plan politique, la charte fondatrice s’attache à construire un État laïque, démocratique et décentralisé, fondé sur les principes de liberté et d’égalité absolue. Cette approche politique vise à mettre fin à l’instrumentalisation politique de la religion et de l’appartenance ethnique dans la gouvernance et à garantir que la citoyenneté soit le seul critère des droits et des devoirs. Les alliés d’Hemedti estiment que cette approche est la seule voie possible pour mettre fin aux conflits civils chroniques et placer le Soudan sur la voie d’un État moderne et stable.
Le pari politique entrepris par le lieutenant-général Mohamed Hamdan Dagalo à travers l’alliance « Fondation » et « Gouvernement de paix et d’unité » représente une tentative ambitieuse de présenter un projet politique global qui associe l’équilibre des pouvoirs sur le terrain aux objectifs d’un changement radical et de la construction d’un Soudan nouveau. Le succès de ce projet dépendra de la capacité de ces institutions naissantes à établir les fondements de la stabilité, à protéger les civils et à transformer le fédéralisme, inscrit dans la Constitution, en une réalité tangible garantissant la prospérité et la justice pour tout le peuple soudanais.
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ALI Gatkuoth
